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Chroniques d’un confinement

Quand les beaux jours arrivent, Jean-Paul Garlenq a pour habitude de faire connaître le village dans ses moindres anecdotes aux visiteurs d’un jour. Aujourd’hui, confiné au même titre que ceux qu’il guide pendant l’été, il partage avec nous ses impressions de confinement et donne des pistes pour qu’il soit plus léger à supporter tout en respectant la réglementation.

« Notre village vit son confinement dans une grande sérénité. Depuis le 17 mars nous avons assisté, grâce à un temps des plus cléments, à la floraison des arbres fruitiers : pêchers, abricotiers, mirabelliers puis cerisiers et pommiers ont coloré la nature avant que les premiers fruits apparaissent. Les récentes ondées favorisent la croissance de la végétation et les futures récoltes s’annoncent sous les meilleurs auspices. Les aubépines remplissent la contrée de leur parfum suave et les amélanchiers ornent les pentes de leurs belles fleurs blanches…

Nos amis vacanciers ne sont pas venus pour les vacances de Pâques ; les résidences secondaires sont restées closes et on imagine le dépit de leurs propriétaires de ne pas pouvoir se ressourcer dans le village où ils viennent habituellement pour changer de rythme de vie et profiter de nos beaux paysages…

Les villageois confinés, privés de leurs contacts amicaux ou familiaux, se plongent dans des activités qu’ils avaient remises à plus tard (lecture, musique, rangement, bricolage…). Les jardiniers passent leur heure d’activité physique à bêcher, désherber, semer et planter ; jamais les jardins du bas du village n’avaient été aussi bien entretenus. Cela rappelle aux anciens le temps où chacun avait sa parcelle ; y étaient cultivés les légumes qui permettaient aux familles de satisfaire leurs besoins. D’autres préfèrent parcourir les sentiers qui environnent le village et redécouvrent des chemins qu’ils n’avaient pas foulés depuis longtemps ; parmi les itinéraires préférés, on peut citer le sentier de la «côte vieille» ou «voie romaine » que certains se souviennent avoir vu fréquentée par les charrettes descendant du bois de «la Plaine». Les murs qui la soutiennent sont constitués de pierres sèches sur une grande hauteur. Ce sentier (plutôt une piste) actuellement balisé en PR (petite randonnée) gravit en zigzagant la montagne pyramidale qui surmonte le château par un parcours peu pentu et très facile. C’était autrefois la seule voie de communication avec Le Massegros, Sévérac et plus loin le Nord Aveyron. Des convois de charrettes partaient chargées de barriques de vin pour être livrées à des régions où la vigne ne poussait pas. C’était l’époque où notre région produisait un vin de bonne qualité (mais ceci est une autre histoire…)

Il est possible aussi, en respectant les règlements en vigueur, de se rendre en empruntant des sentiers à Comayras, à Liaucous, à Notre Dame des Champs, à Combelles, à Trouillas, à l’Anglas… Que de beaux parcours permettant d’admirer nos magnifiques falaises entre Capluc et Peyrelade… En attendant des jours meilleurs où nous pourrons accueillir familles et amis dans notre si belle région, libérés de la hantise de ce virus ayant causé trop de dégâts.

L’histoire (auteur A. Carrière) nous apprend que lors d’une épidémie de peste au cours des années 1586-1587, furent recensées 27 victimes à Mostuéjouls et 20 à Liaucous. Selon la croyance commune de l’époque, l’épidémie se communiquait par le regard ! Les personnes atteintes par l’épidémie se hâtaient de transmettre leurs biens en officialisant leur testament par acte notarié ; tout contact entre notaire et testateur était évité. «Il suffisait que les témoins entendent le testateur pestiféré et déclarent avoir reconnu sa voix. Il fallait donc un réel courage au notaire et aux témoins pour recueillir les dernières volontés des testateurs». Nos ancêtres n’avaient pas imaginé le strict confinement que nous connaissons aujourd’hui… »

Journal de Millau du 30 avril 2020